Les raisons de notre odyssée

La naissance.
Le commencement de toute vie.
Quoi de plus intime, mais quoi de plus universel également ?


Nous voulons un enfant. Un cinquième. Après Florient et Rémy, respectivement nés en 1992 et 1996, Nils et Ulysse sont venus grandir notre famille en 2005. Après trois grossesses, dont les deux dernières se sont conclues par des césariennes, le corps médical est catégorique : une nouvelle césarienne s'impose.


Partout sur Terre, les femmes donnent la vie de la même façon. Pourtant, nos sociétés occidentales se sont peu à peu éloigné de ce qui fait l'unité de toutes ces naissances. Dans les pays les plus riches, la dernière moitié du XXe siècle a été marqué par une médicalisation à outrance de l'accouchement. L'objectif était louable : diminuer la mortalité des nouveaux-nés et des femmes en couche. Mais cette tendance n'a fait que s'amplifier et génère des effets pervers. À vouloir à tout prix contrôler l'acte le plus naturel de l'Humanité, le corps médical le dénature parfois, lui retire son sens.


Dans les années 50, la totalité des maternités en France a opté pour la position en décubitus dorsal. Cette pratique a pour principal avantage de donner à l'obstétricien une vision optimale de l'accouchement. Mais quid du bien-être de la mère ? De celui de l'enfant ? Quelle contradiction qu'une femme doive être immobilisée pour donner la vie ! Depuis la nuit des temps, et encore aujourd'hui dans certains pays, les femmes accouchent accroupies, debout ou assises. En France comme ailleurs, quelques décennies de pratique obstétrique ont suffit pour remettre en cause des millénaires de pratiques naturelles. L'Organisation Mondiale de la Santé encourage pourtant les femmes à « déambuler pendant le travail et à de choisir librement la position qu'elles adopteront pour la délivrance ».


De même, le recours à la césarienne, autrefois envisagé quand rien d'autre n'était possible, est devenue parfois une pratique de convenance. Convenance pour certaines femmes qui y voient un moyen de « programmer » leur accouchement afin qu'il perturbe le moins possible leur vie active; convenance pour certains médecins qui y voient un moyen de limiter les risques de complications. Plusieurs études ont pourtant montré que la césarienne comporte plus de risques que l'accouchement par voie basse, y compris chez les femmes qui ont déjà subi une ou plusieurs césariennes. Mais rien n'y fait, les mauvaises habitudes ont la vie dure. Tant et si bien que la date de naissance de bien des enfants dépend aujourd'hui, non pas de l'évolution naturelle du binôme corporel mère/enfant, mais de l'agenda de la femme enceinte ou de celui de l'obstétricien qui va l'assister.


Assistance, voilà d'ailleurs bien un mot qui devrait être réhabilité dans les salles d'accouchement. La femme qui accouche a besoin de l'assistance de l'équipe qui l'entoure et de rien d'autre; elle doit rester pleinement actrice de son accouchement et non en être dépossédée comme c'est trop souvent le cas.


Afin de battre en brèche les idées reçus et les pratiques médicales qui ont éloigné les femmes de leurs corps, nous voulions filmer toutes les étapes de la grossesse de Gabrielle, depuis le choix de faire un nouvel enfant jusqu'au retour à la maison après l'accouchement. Après mûre réflexion, nous faisons une croix sur ce projet documentaire dont la relative lourdeur, nous le pressentons, risque de nous empêcher de vivre pleinement les choses. Pas question pour autant de renoncer à conter, au jour le jour, cette nouvelle aventure humaine. Nous optons pour l'écriture et sa légèreté.


Nous quittons l'autoroute balisée de la césarienne, que le corps médical prétend incontournable, pour retrouver le chemin, aujourd'hui vicinal, de l'accouchement naturel. La route sera plus sinueuse, mais certainement plus agréable. Ce blog est le journal de cette aventure.