Avis de fraîcheur pour Briançon

Publié le par Gabrielle

Hier, première séance de préparation à l'accouchement et, bien entendu, temps pourri pour se rendre sur les lieux. Si à la maison nous avions droit au mélange pluie-neige qui donne une soupe immonde sur la route, à Briançon c'est neige et brouillard. Avant de partir nous récupérons le courrier... de la pub, une facture de l'hôpital de Briançon, un relevé de banque. Rien d'extraordinaire, pas la peine de l'ouvrir.

Cette première séance est surtout l'occasion de faire connaissance avec d'autres couples. Un cours d'anatomie, un peu de sophrologie et une invitation à parler du ressenti, des émotions, des difficultés à gérer certaines situations aussi.

Après la séance, besoin de calme, de silence. Le retour en voiture se fait dans ces conditions. Je n'ai pas trop envie de parler, il est tard et j'ai faim. C'est la tranche horaire ou d'ordinaire j'ai tendance à m'énerver lorsque je suis à la maison. Mais là, je suis calme, dans ma bulle. Peut-être ai-je trouvé la solution pour gérer cette fameuse crise du 18-20 dans les semaines à venir ?

Une fois à la maison, après avoir récupéré et calmé les plus petits, mon cher et tendre m'envoie me reposer le temps qu'il prépare le dîner. C'est après le repas que je prends le temps d'ouvrir le courrier. Je commence par la fameuse facture de l'hôpital; et là, ô surprise, je découvre une réponse à notre projet de naissance. Réponse signé par l'équipe et le Dr G. Ne nous avait-elle pourtant pas dit que cela ne la concernait pas ? Que nous devions voir avec les sages-femmes ?

La teneur du courrier n'est guère encourageante. Ils ont bien pris connaissance de notre projet de naissance mais, au vu de mes antécédents obstétricaux, un accouchement par voie basse leur semble peu probable. Le Dr G. nous avait pourtant dit oui sur le principe. Un "oui" assorti de conditions - si le bébé n'est pas trop gros, si sa position est idéale, si la radio-pelvimétrie de mon bassion prouve que j'ai, plus qu'une voie, une autoroute pour le faire sortir - mais un "oui" quand même. Là, je n'ai plus l'impression que la porte soit ouverte, pas même pour laisser passer un "si". On nous propose de réévaluer notre dossier à 39 semaines d'aménorrhée. Mais pour nous dire quoi ? Que ce n'est absolument pas envisageable? Qu'il faut que nous prenions conscience des risques que nous faisons courir à l'enfant comme à moi ?

Rupture utérine : elle survient dans 0,08% de l'ensemble des accouchements et peut entraîner le décès ou un handicap sévère pour l'enfant ainsi que la mort de la mère. Si je les laisse me césariser une troisième fois, je prends trois fois plus de risques. Mais qu'est-ce qui leur fait préférer à ce point la chirurgie au processus naturel avec intervention si, et seulement si, les choses tournent mal ou que l'enfant est en souffrance ? Leur besoin d'affirmer leur pouvoir ou celui de jouer du bistouri ?

Sur le courrier, apparaît tout de même l'hypothèse d'une voie basse. Et là, tout est mis en oeuvre me semble-t-il pour me faire reculer. Un touché vaginal me sera imposé toutes les heures et je serai, de surcroît, contrainte au monitoring en continu dès les premières contractions. Pour ce qui est du toucher vaginal, je sais que c'est pour vérifier que le travail évolue assez vite à leur goût, mais il me parait évident que j'ai bien peu de chance de voir avancer le travail rapidement si je reste liée au monitoring. On nous le répète assez, déambuler aide à gérer la douleur mais aussi à faire progresser le travail. Et puis une dilatation qui stagne pendant une heure et demie peut ensuite passer de 4 à 7 en l'espace de quelques minutes. Et on ne peut pas considérer cela comme un travail qui n'évolue pas suffisamment.

Le courrier apporte également une réponse à ma demande concernant l'épisiotomie. Laisser la femme accoucher dans la position la plus confortable pour elle permet de l'éviter. Pourtant, on ne me  promet pas de ne la pratiquer qu'en cas de force majeure. Bizarrement, je me revois les pieds coincés dans les étriers il y a 13 ans, avec les douleurs dans les reins, les sages femmes qui se succèdent pour le toucher vaginal, jamais la même, et qui me disent qu'il faut tenir encore un peu, que bientôt ce sera terminé. Je suis passé au bloc 20 heures après mon entrée en salle d'accouchement : césarienne en urgence pour souffrance fœtale.

Je passe rapidement sur la présence du père en cas de césarienne. Avec le Dr G. tout était négociable; là, ce n'est absolument plus le cas ! Mais peut-être est-ce dû à notre rendez-vous avec le sage homme? Peut-être savent-ils que, grâce à lui, nous avons été informés du fonctionnement du bloc de Briançon ?

Je pense que deux lectures peuvent être faites de ce courrier. Et si nous mettons nos interlocuteurs en face de ce qui nous semble être des incohérences entre les dires lors des rendez-vous et les écrits de ce courrier, il nous sera répondu que nous avons mal interprété. Toujours est-il qu'il devient impossible de préparer un accouchement dans ce climat.

Pour Briançon, je n'y crois pas, je n'y crois plus. Mais y ai-je vraiment cru un jour? En sortant du rendez-vous avec le Dr G., je me disais que tous les prétextes seraient bons pour me faire basculer vers la césarienne. Ce courrier me semble dire plus encore : peu de chances pour que j'accouche par voie basse... sauf si j'arrive en retard ! Mais quelles seront alors les conditions d'accueil ? Et quelle confiance peut-on avoir dans une équipe médicale qui tient ce genre de double discours ? Ne sont-ils pas en train de me pousser à la faute ? À l'irréparable ? Ne suis-je pas en train de penser à prendre des risques ? De vrais risques pour le coup : pas d'assistance en cas de pépins, 45 minutes pour arriver à la maternité... Mais si tout se passe bien, ce dont je ne doute absolument pas, quelle réussite ! Que du bonheur !

Démarcher un autre hôpital, c'est ce à quoi nous avons pensé en premier lieu. Et cela bien avant de recevoir ce courrier, bien avant même de nous rendre à la première consultation à l'hôpital. Mais l'organisation est lourde lorsque quatre enfants sont déjà là. Avant de penser logistique, peut-être vaut-il mieux se renseigner sur les possibilités offertes par les différentes structures que nous avons repérées. Il sera toujours temps de se "prendre la tête" pour faire garder les enfants lorsque nous saurons où je peux accoucher naturellement.
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