Famille nombreuse, famille heureuse ?

Publié le par Rémi


Lundi 15 décembre.

« Eh ben, vous êtes courageux vous... » Cette réflexion, entendue pas plus tard qu'hier dans la bouche de quelqu'un à qui j'annonçais la grossesse en cours de Gabrielle, m'a d'abord parue anodine. Et puis, sans trop savoir pourquoi, elle m'est revenue, m'a titillé au point qu'il a bien fallu que je me pose un moment pour réfléchir en quoi elle me dérangeait.

Ces quelques mots contiennent à eux seuls tout et son contraire. Au premier degré, il s'agit d'un compliment louant le courage; il conviendrait de s'estimer flatté. En filigrane, en sachant que ce courage fait référence au nombre d'enfants que nous allons avoir, on peut également y lire un brin d'ironie; comme si l'intonation et la formulation permettait de substituer automatiquement l'adjectif "fous" à "courageux".

Une famille nombreuse serait donc pure folie. Voilà qui rejoint une autre réflexion entendue de la bouche d'une amie de Gabrielle. Je ne me souviens pas de la teneur exacte du propos, mais sur le fond, il s'agissait de souligner que mettre un nouvel enfant au monde n'était pas "écologiquement responsable", vus la démographie actuelle à l'échelle planétaire et les ressources limitées de notre belle bleue. Honte sur nous, nous polluons la Terre avec nos enfants... Soyons maudits jusqu'à la 13eme génération...

Au-delà de la boutade, c'est une vision bien pessimiste de l'Humanité. C'est ne voir l'Homme que par le prisme de sa capacité de nuisance (capacité qu'il possède indéniablement) et nier son aptitude à améliorer son environnement, à commencer par lui-même. Étrange que ce genre de raisonnement vienne d'une enseignante... Pour ma part, je préfère voir toute naissance comme une chance supplémentaire de changer le monde. Et tant pis pour ceux qui me trouveront d'une naïveté confondante.

Mais revenons-en à notre courage, à notre folie. Après mûre réflexion, la petite phrase entendue ne me turlupine pas tant par le jugement qu'elle induit que par le miroir qu'elle me tend. En pareille situation, c'est typiquement le genre de propos qui me serait venu à l'esprit il y a encore une dizaine d'années. Car ma rencontre avec Gabrielle en 2000, et ma vie avec elle depuis, m'ont indéniablement changé. J'ai mis au rancard mon nihilisme de façade (même s'il ressurgit parfois...), brisé le mur de timidité qui handicapait beaucoup de mes rapports aux autres, pris confiance en moi et j'ai aussi changé de regard sur bien des choses. La famille nombreuse en fait partie, et ce n'était pourtant pas gagné d'avance.

À sa naissance, ma mère était la septième enfant d'une famille qui en comptera finalement huit. Et pour elle, il n'a jamais été question de reproduire ce schéma. La preuve : je suis fils unique. Et tout naturellement, mon éducation dans ce cadre familial restreint, qui plus est monoparental, m'a forgé une opinion bien arrêté sur la famille nombreuse.

Cet modèle a longtemps été pour moi synonyme de catholique. Enfant, il faut dire que j'en avais un exemple édifiant sous la main; un de mes oncles avait eu cinq enfants avec sa femme et tous menaient alors une vie très pieuse avec petit tour à l'église le dimanche, Noël en famille au coin du feu et messe de minuit pour tout le monde. Pour moi qui vivait très loin de tout décorum religieux, ce mode de vie était plus une curiosité qu'une source d'envie. Et tout naturellement, dès que j'ai commencé à me poser la question du nombre d'enfants que je souhaiterais avoir quand je serai grand, le chiffre n'est pas monté bien haut : un à coup sûr, deux à la rigueur...

Et puis le temps passe et notre vie nous construit autant que nous la construisons. Aujourd'hui, quatre enfants vivent sous notre toit, et un cinquième va bientôt nous rejoindre. Et même si les deux plus grands ne sont pas la chair de ma chair, on peut dire aujourd'hui que nous formons tous une famille nombreuse. Alors, qu'est-ce qui a changé depuis ?

Moi, d'abord. Et dans la foulée, le préjugé négatif que j'avais sur la famille nombreuse est tombé. Bien sûr, je n'idéalise pas non plus. Je sais juste aujourd'hui qu'une famille, nombreuse ou pas, est ce qu'on en fait. Elle peut être un fléau, une véritable calamité; elle peut aussi être source de joies, d'apprentissages. Et la taille de la cellule familiale ne fait rien à l'affaire, c'est l'investissement qui compte.
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jacques 19/05/2010 11:25


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