Première échographie, l'enfant révélé

Publié le par Rémi

Vendredi 17 octobre.

J'avais oublié. Oublié la magie de la première échographie. La précédente grossesse de Gabrielle ne remonte pourtant pas à si longtemps. C'était il y un peu plus de trois ans.

Mais cette "amnésie" n'est sans doute pas un mal. Au moins me permet-elle de vivre aujourd'hui avec un émerveillement renouvelé cette découverte de notre enfant en devenir. Deux mois de grossesse, 4,5 cm à peine, et déjà tant de détails à apercevoir. C'est un cliché bien sûr, mais comment ne pas y succomber ?

L'échographie est tout de même une source d'émotions incroyable. Paradoxalement, c'est une machine qui nous permet de percevoir le vivant, au-delà de la paroi utérine. Paradoxalement, l'image est d'autant plus touchante qu'elle nous parvient altérée, sans couleurs, en une succession de petits traits plus ou moins nets.

Je ne peux m'empêcher de penser à Nicéphore Niepce. Les premiers clichés de l'inventeur de la photographie ne sont pas sans similitude avec les images contrastées de notre futur enfant. Pour lui aussi, l'émotion a dû être intense de voir apparaître pour la première fois sur ses plaques d'étain les ombres et les lumières du paysage qui s'étalait devant sa fenêtre.

Aujourd'hui le paysage est intérieur : grand angle panoramique sur la chambre noire de l'utérus de Gabrielle. Plongé dans le bain amniotique de notre confiance en l'avenir, notre enfant nous dévoile pour la première fois ses contours contrastés. Métaphysique de la révélation.

Magie de l'instantané, c'est notre enfant que nous voyons, mais c'est nous qui sommes exposés, nos émotions mises à nu devant la concrétisation de notre désir commun.

Bien sûr, je sais depuis déjà plus d'un mois que le sujet a bien été fixé. Mais pour moi qui, contrairement à Gabrielle, vis la grossesse de l'extérieur, cet enfant n'était encore, jusqu'à présent, qu'une idée d'enfant. Et le test qui est venu confirmer ce qui était déjà pressenti, n'était pas porteur de la même émotion que ce premier instantané. Cette première vision de notre enfant est pour moi le véritable déclencheur. Il est là, je le vois, cette fois ça y est, c'est certain, nous serons bientôt un de plus. C'est une nouvelle vie qui débute dans le ventre de Gabrielle, et pour la première fois je peux mettre une image dessus. Même en négatif.

Les agrandissements successifs nous permettent de rentrer au cœur de cette écho-photographie pour observer chaque détail. Malgré l'obscurité, l'image fixe notre attention, éclaire nos visages, et finit par impressionner nos âmes.

Pause.

Le marmot gigote déjà beaucoup. Après s'être contorsionné dans tous les sens, il envoie de grands coups de reins qui secoue tout son corps. Pas facile de saisir au vol un sujet si remuant... je me cale sur son rythme cardiaque, un tiers de seconde (166 battements par minute). Ma cellule capte les siennes, cadrage, mise au point, je déclenche.

Rideau.
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